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Protectionnisme : les Causes et les Conséquences

Extrai du livre: La Boule de Cristal de l’Investissement et du Trading

Le cercle vicieux de la guerre des devises entre les pays pour dévaluer sans cesse leur monnaie les uns contre les autres a trouvé un autre cercle vicieux comme compagnon, le protectionnisme. Avant de définir ce terme, nous allons expliquer la notion de « balance commerciale ».

Vous avez lu précédemment que les innovations technologiques et le niveau de leur mise en œuvre dans les systèmes de production des biens et des services sont une cause essentielle de l’augmentation du taux de productivité. Elles conduisent aussi à la spécialisation. Plus une entreprise ou un pays utilise les dernières technologies et se spécialise, plus elle devient rentable et gagne en compétitivité. En conséquence, il pourra produire des biens et des services à moindre coût et avec moins de ressources, permettant ainsi de baisser constamment leur prix, si les gouvernements et les banques centrales n’interviennent pas.

La balance commerciale des pays mesure la quantité de marchandises et de services importés et exportés dans un pays. Elle est généralement mesurée en dollars américains. Une balance commerciale positive d’un pays, également appelée « excédent », signifie que le pays exporte plus qu’il n’importe. L’inverse est appelé « déficit commercial ».

La balance commerciale d’un pays est influencée par la valorisation de sa devise nationale par rapport aux autres devises, la législation du travail dans le pays, les obstacles bureaucratiques tels que l’imposition des droits de douane et son taux de productivité. Plus un pays produit de manière efficace, plus il tend à exporter. Souvent les mêmes produits et services sont proposés simultanément dans plusieurs pays concurrents. En fin de compte, les pays ayant les plus faibles coûts de production deviennent les champions en exportation et en balance commerciale. Lorsque cela se produit, les entreprises inefficaces des pays inefficaces ont tendance à fermer leurs usines et à délocaliser les emplois afin de produire dans un environnement présentant un avantage compétitif. En conséquence, les emplois nationaux des pays inefficaces sont progressivement délocalisés en faveur des pays présentant un avantage concurrentiel.

En règle générale, le système des marchés de libre-échange est plus efficace lorsqu’il n’y a pas d’obstacles à la circulation (1) des personnes, (2) des biens, (3) des services et (4) des capitaux. De cette façon, la concurrence peut librement opérer à travers le monde et ainsi les pays les plus efficaces deviennent les champions en export et en balance commerciale. En conséquence, ce phénomène exerce une pression sur les autres nations pour éliminer leurs inefficacités à leur tour et pour devenir plus compétitives. Les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) sont des pays qui ont su justement profiter de l’inefficacité des économies développées et sont ainsi devenus un atelier de production, surtout depuis les années 1980. En particulier, l’émergence de l’innovation technologique de ces dernières années a permis à ces pays de produire des biens et des services de grande qualité à bas coûts, en raison d’un bon environnement de production, un coût très bas de la main-d’œuvre et des conditions flexibles de la législation du travail. Ce processus est souvent appelé « la mondialisation ». En parallèle, l’intelligence et la compétence des ingénieurs qualifiés des pays développés se sont progressivement transférées en faveur des robots. Ce processus a conduit à un transfert massif d’emplois bien payés des pays développés vers les BRICS et vers d’autres pays à bas salaires.

Dans les conditions des marchés de libre-échange, le volume de la balance commerciale mondiale des produits et des services grossit de plus en plus parce que le prix des biens et des services baisse continuellement, attirant constamment de nouveaux consommateurs et générant ainsi plus de demande.

En bon lecteur de ce livre, vous savez probablement qu’en période de prospérité économique et de croissance, des traités commerciaux et de paix sont fréquemment signés. En revanche, vous devez également savoir que pendant les crises économiques et les dépressions, ces traités sont souvent abandonnés ou abolis.

Mais pour en revenir au sujet initial du protectionnisme, on peut affirmer qu’à compter de 2017, les grands traités de partenariats commerciaux vont être abandonnés.

En bref, le protectionnisme est le résultat d’une politique populiste des gouvernements qui mettent en œuvre de nouvelles barrières commerciales afin de protéger leurs entreprises nationales inefficaces et non concurrentielles au nom de la sauvegarde des emplois « superflus ». La mise en œuvre de ces mesures artificielles est semblable à la mise sous perfusion permanente d’un malade : tout le monde sait que si la perfusion venait à s’arrêter, le patient décèderait rapidement.

Les mesures protectionnistes sont habituellement prises par des gouvernements conservateurs inefficaces, puissants ou moins puissants, pour donner une fausse perception de protection de l’emploi à leurs entreprises nationales fragiles, aux employés et aux citoyens au chômage.

De telles mesures pourraient avoir certains avantages à très court terme, mais constituent un autre cercle vicieux, avec des effets néfastes à long terme. La mise en œuvre de mesures protectionnistes par n’importe quel pays suppose la reconnaissance implicite de l’inefficacité et de la vulnérabilité de son économie nationale et de son système économique et financier. Maintenant, analysons la question plus en détail :

  1. Les mesures protectionnistes conduisent à une diminution progressive du volume des échanges mondiaux. Cette diminution signifie une récession pour la production des biens et des services, en particulier pour les pays ayant un excédent commercial. Cela peut entrainer la faillite de nombreuses entreprises et des pertes d’emploi. Les économies mondiales sont aujourd’hui interconnectées de telle sorte que la faillite d’une seule entreprise dans n’importe quel pays se reflèterait immédiatement dans les indices boursiers du monde entier.
  2. Ces mesures protectionnistes nuisent également aux pays ayant un déficit commercial. Pourquoi ? Expliquons-le par un exemple : en imposant une taxe de douane de 20 % sur les produits importés, le prix des biens augmente proportionnellement pour les citoyens et les consommateurs de ce pays importateur. En conséquence, les prix montent et génèrent artificiellement de l’inflation. Vous savez probablement que l’inflation est excellente pour les gouvernements et les banquiers centraux, mais non pour les citoyens, les consommateurs et les épargnants. De plus, le prix élevé des produits et services fait baisser le niveau de la demande. En conséquence et malgré ces droits de douane, les entreprises continueront à faire faillite et le taux de chômage augmentera parce que l’inflation des prix réduit le niveau de la demande. La pire conséquence du protectionnisme pour les pays déficitaires serait que les entreprises inefficaces deviennent encore plus réticentes à corriger les inefficacités de leur système de production. Les augmentations d’impôt en tout genre feront souffrir le portemonnaie des consommateurs, car elles finissent immanquablement par générer le transfert d’une partie de la richesse des citoyens vers les gouvernements. Indépendamment de cela, l’effet bénéfique des mesures protectionnistes est de très courte durée. Comme le volume global d’échange des biens et des services diminue considérablement au fil du temps, le montant des impôts perçus par les gouvernements diminuera également.
  3. L’exercice de toute pression génère une contrepression d’un niveau proportionnellement équivalent. Cette règle s’applique également à l’économie. Le cercle vicieux du protectionnisme est nourri par des mesures de représailles que d’autres pays seront obligés d’imposer afin de protéger à leur tour leurs intérêts nationaux. La perception par le gouvernement américain d’une taxe de douane de 20 % sur les importations des marchandises importées du Mexique pourrait entrainer des représailles sous forme de taxe de douane de 20 % par le gouvernement mexicain pour les marchandises importées des États-Unis.
  4. Le protectionnisme ne traite que les symptômes et les effets, mais non la cause. C’est pourquoi de telles mesures sont inefficaces à long terme. La cause est la présence d’inefficacités dans le système national de production des biens et des services, et le remède n’est autre que l’amélioration de l’efficacité, de la productivité et de la compétitivité économique par rapport aux autres pays.

Pour mieux expliquer ce phénomène, prenons un exemple sous forme de métaphore. Le protectionnisme, c’est comme vouloir mesurer la température avec un thermomètre et ne pas aimer la lecture. Cependant, au lieu de chercher à savoir pourquoi la température n’est pas au niveau souhaité, le fait de le casser ou de le remplacer n’aidera certainement pas à résoudre le problème. D’autres métaphores sont possibles : avoir un trou dans le toit de sa maison avec pour conséquence un plancher inondé à chaque fois qu’il pleut. Maintenant, imaginez quelqu’un qui vous dit que le remède consiste à utiliser un seau sur le sol pour empêcher l’inondation (traitement du symptôme), au lieu d’appeler un charpentier pour réparer le toit (traitement de la cause).

Une autre métaphore pourrait la suivante : prenons « un poisson dans un aquarium qui est malade parce que l’eau de l’aquarium est devenue toxique ». Ainsi vous allez voir un vétérinaire qui vous dit, pas de problème. Donnez-lui ces médicaments et il devrait se rétablir. Cette approche traite également le symptôme, et non la cause. Le vrai remède consiste à changer l’eau de l’aquarium, car c’est la vraie cause du problème ; et potentiellement à donner quelques médicaments pendant une durée limitée pour accélérer le rétablissement du poisson.

La balance commerciale d’un pays est une mesure de sa compétitivité économique, y compris pour les États-Unis d’Amérique. Au 1er février 2017, le déficit commercial des E.-U. s’élevait à plus de 737 milliards de dollars, dont 344 milliards avec la Chine. Toute mesure protectionniste pour réduire le déficit des É.-U. contre la Chine pourrait nuire considérablement aussi bien à l’économie chinoise qu’à celle des É.-U.

Ceci étant dit, aujourd’hui l’économie américaine est devenue très inefficace. Les raisons principales sont (1) le contrôle par les É.-U. du système financier mondial (la Banque mondiale et le FMI, le système SWIFT et le dollar), (2) le dollar américain est la principale devise de réserve dans le monde, (3) l’abolition de l’adossement du dollar à l’or et enfin (4) le pétrodollar. Ces leviers puissants et efficaces ont été utilisés par les gouvernements successifs des É.-U. pour préserver, protéger et élargir ses intérêts nationaux assez facilement.

D’autres pays doivent produire efficacement et exporter des biens et des services aux États-Unis pour obtenir les devises en dollars américains dont ils ont besoin pour acheter, par exemple, du pétrole brut de l’Arabie Saoudite. En revanche, les États-Unis n’ont pas besoin d’être efficaces et d’exporter des biens et des services vers les autres pays pour couvrir leurs besoins en dollars. Ils les impriment tout simplement. Ensuite les banques centrales de l’Union européenne, du Japon et du Royaume-Uni, ont également opté pour cette politique d’impression des billets de banque.

Pourquoi les É.-U. ont-ils tendance à aller vers le protectionnisme en 2017 ? Depuis la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis ont profité de leur statut de puissance économique, financière et militaire. Depuis 2009, ils ont réalisé trois séries de programmes d’assouplissement quantitatifs (QE – Quantitative Easing) et leur politique a décidé de fixer le taux d’intérêt à pratiquement 0 % pendant plus de six ans jusqu’à la fin de l’année 2015. L’objectif des programmes de QE était, à l’origine, d’affaiblir artificiellement le taux de change du dollar contre les autres devises afin de soutenir les industries exportatrices des USA, et d’améliorer sa balance commerciale. Puis, la Banque Centrale européenne (BCE) a commencé son programme de QE en janvier 2015 et a décidé d’introduire des taux d’intérêt négatifs pour soutenir sa balance commerciale. Ces actions ont conduit à une dépréciation de l’euro d’environ 25 % par rapport au dollar américain. Le Japon a décidé, lui aussi, une politique de taux d’intérêt négatif.

Alors pour améliorer sa balance commerciale, les États-Unis pourraient déprécier leur devise. Cette action pourrait soutenir la balance commerciale des États-Unis vis-à-vis de l’Union européenne et du Japon.

Concernant la Chine, une reprise de programmes de QE aurait des effets marginaux contre le Yuan parce que son taux de change est très lié au dollar américain. En outre, les programmes de QE récents ont généré un niveau relativement important d’inflation dans les économies mondiales. Ainsi, les taux d’intérêt devraient plutôt être à la hausse. Enfin, paradoxalement, les hausses récentes du taux d’intérêt ont tendance à faire monter la devise américaine. Vous savez peut-être que la hausse des taux d’intérêt est dommageable pour le marché obligataire, qui avait subi des pertes substantielles en 2016. En résumé, le paradoxe pour les États-Unis est d’être obligé de rehausser le taux d’intérêt tout en dépréciant la valeur du dollar.

En bref, la politique nord-américaine des décennies précédentes a conduit sa propre économie ainsi que l’économie mondiale au bord d’une falaise. Par ailleurs, les Etats-Unis ne peuvent plus augmenter les taux d’intérêt sans risquer l’effondrement du marché obligataire, l’augmentation de la charge de sa dette de quelques 20 000 milliards de dollars, l’augmentation du risque de défaut sur sa dette, l’importation supplémentaire de la déflation avec la conséquence de perdre encore plus d’emplois et la détérioration de sa balance commerciale. Toutefois, la Fed peut très bien baisser les taux d’intérêt et recommencer un nouveau programme de QE. Cela pourrait partiellement améliorer la balance commerciale des E.-U. avec l’Union européenne et le Japon, mais non avec la Chine. Cela pourrait également entrainer une augmentation du risque pour attirer suffisamment de prêts à taux d’intérêt pratiquement égal à zéro alors que son déficit budgétaire pourrait facilement atteindre un trillion de dollars après 2018. Qui pourrait prêter de l’argent à 0 % à un gouvernement alors que son taux d’inflation serait autour de 1,5 % ? Seule la Fed pourrait le faire. Cependant, avec l’impression de chaque nouveau billet de 100 $, une fraction de confiance en dollar américain est détruite sans parler de l’inflation que cela génère. Une telle décision aurait des conséquences préjudiciables pour les bons du Trésor. Les gouvernements étrangers pourraient être forcés de se débarrasser de leurs réserves en dollar avec pour conséquence une aggravation des pertes des marchés des obligations ce qui, à son tour, conduirait à une hausse du taux d’intérêt. Mais peu importe… Les programmes de QE causeront l’effondrement du système monétaire fiat, une perte de confiance dans le dollar américain et la génération de l’hyperinflation. L’histoire nous enseigne que toute devise en papier, sans l’appui d’un bien tangible, finira par avoir un pouvoir d’achat équivalent à la valeur intrinsèque du papier imprimé avec des dessins.

Pour justifier le protectionnisme, les dirigeants deviennent créatifs et utilisent souvent des allégations de pratiques inéquitables des accords commerciaux, de la protection des frontières contre les immigrants, du gaspillage des prestations sociales par les minorités et ainsi de suite. Pour les gouvernements populistes, de tels arguments sont un moyen facile de détourner l’opinion des citoyens de la véritable cause des déficits commerciaux, du manque de compétitivité dans l’économie, les finances, la politique et les systèmes sociaux du monde depuis 1789.

Les dirigeants politiques qui ne prennent pas de responsabilités envers la misère domestique et accusent les autres pour justifier leur protectionnisme, refusent tout simplement de reconnaitre les véritables défis de leur pays. Comment un pays pourrait-il donner des conseils à d’autres pays de façon congruente s’il refuse de faire avant tout son devoir chez lui ? En 2017, ceci est particulièrement vrai pour certains pays de l’Union européenne et ceux de la zone euro.

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